PauvrePoint : en quoi l’outil PowerPoint se retourne contre beaucoup d’utilisateurs

Un article récent paru dans lemonde.fr — « PowerPoint, c’est du cinéma » — développe le propos du livre de Franck Frommer : “La pensée PowerPoint. Enquête sur ce logiciel qui rend stupide”. Ancien journaliste, devenu responsable de l’information interne chez AGF-Allianz, estime que “PPT” est devenu un “laveur de cerveaux”, comme le titre un article de Télérama. Pourquoi tant de haine contre un logiciel qui ne le demandait pas ? Est-ce la faute de l’outil ou celle de ceux qui ne savent pas s’en servir ?

Il existe Impress (dans la suite OpenOffice sur tous les systèmes) ou Keynote (dans la suite iWork sur Mac). Evidemment, quel que soit l’outil, le problème n’est pas là ! Il n’est qu’à revoir un article vieux de 3 ans qui comparait les présentations des deux amis-ennemis de l’histoire informatique : Bill Gates* et Steve Jobs. L’un a beaucoup de points à faire passer, les a tous écrits et les débite analytiquement, l’autre a très peu de points, les a surtout illustrés et ne s’en sert que pour appuyer visuellement l’histoire qu’il nous raconte. Une présentation ce sont avant tout des idées, organisées dans un récit d’abord oral, extrêmement construit, préparé, entraîné. C’est seulement après la construction du discours oral que viennent les idées des visuels qu’on va utiliser. Tout le contraire de ce que font beaucoup de cadres à qui leur patron demande une présentation ou de consultants qui commencent par la fin, c’est-à-dire en ouvrant PauvrePoint, comme on se met devant une page blanche.

Or, il en va de l’écrit comme de l’oral : il faut d’abord que ce soit dans la tête, avant de le sortir sous une forme ou sous une autre. Si on choisit d’écrire un article par exemple, c’est qu’on a quelque chose à dire, un “angle” particulier à projeter sur un sujet actuel ou déjà traité autrement. Et on retourne la chose dans sa tête, en vagabondant tout en faisant autre chose. Quand la graine est prête, elle germe toute seule… et les idées sortent, parfois même les phrases. Idem pour une présentation de résultats, d’une enquête, d’un nouveau produit ou service, avec pour but de faire réfléchir, réagir, décider, acheter, prescrire… Si on a quelque chose à dire, à faire passer, mieux vaut d’abord chercher en soi le ressort du discours, avant de recourir à un outil qui ne servira pas de “béquille” si ce n’est à un infirme de la communication interpersonnelle.

Après, il y a la question de la trace de la présentation ou de sa restitution à des personnes non présentes. D’où le prétexte du texte dont on abuse ! Pour être certain que les personnes présentes se souviennent de tous les messages, on les écrit in-extenso, avec des phrases entières, que les spectateurs auront lues avant même qu’on les aient dites ! Même réflexe pour s’assurer que la copie jointe à un mail sera conforme aux propos de l’auteur ! Or, aussi imparfait soit-il, l’outil permet justement de mettre du texte de référence, des commentaires importants … mais sous les slides !! Il suffit ensuite d’imprimer en PDF les slides avec les commentaires !

(*) Steve Ballmer, qui est maintenant aux commandes de Microsoft, n’a guère évolué par rapport aux présentations de Bill Gates, ainsi que le montre le début de la vidéo que j’avais capturée l’an dernier au Salon des micro-entreprises.

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  • http://twitter.com/patrick3394 Patrick Rey

    Parmi les commentaires postés sur la plateforme 2.0 des consultants du Groupe ITG, où j’avais reproduit l’article :

    « Merci pour cet article qui, me semble-t-il, recadre bien la polémique qui est en train de naître sur l’usage d’un outil numérique (rien qu’un outil, mais un bel outil) et d’être amplifiée par la résonance, justement elle-même numérique ! De la pensée à l’écrit, de l’écrit à l’écran, … et pas l’inverse, pour mieux partager en groupe et en réseau, avec des mots, avec des images, même, si aujourd’hui, la culture visuelle concurrence la culture de l’écrit.
    Cordialement – Jean VANDERSPELDEN »

    « PPT est un outil comme un autre. Il faut faire connaissance avec lui, savoir dans quel but on veut l’utiliser et apprendre à le manier correctement avant d’être à l’aise. La différence est qu’il est souvent imposé à celui qui l’utilise et non choisi, d’où les incompréhensions et les lourdeurs présentées dans ce post.

    Donc je ne dirais pas qu’il s’agit d’un outil qui se « retourne contre » son utilisateur, mais un outil qui ne fait que refléter la capacité de son utilisateur à faire passer un message plus ou moins clair (déjà pour lui-même). Comme tous les logiciels que l’on croit doués pour faire des miracles et qui ne sont que de simples suites d’algorithmes agencés de manière à réaliser une tache qu’un être humain leur assigne.
    Catherine Viale »

    « Je confirme qu’en effet, ce n’est pas tant l’outil qui pose problème que les utilisateurs qui ne savent pas s’en servir ou croient y trouver une recette toute faite pour automatiser un discours, une démonstration mal conçue.

    Si Boileau vivait de nos jours, il aurait peut-être adapté sa formule :
    « Ce qui se conçoit bien s’énonce clairement, et les mots pour le dire ne sont pas sur les diapos… »
    Patrick Rey »

    « … Puis-je ajouter ma contribution à cette réappropriation de formule ? « Rien ne sert de courir, il faut partir à Powerpoint ». Et vos échanges me rappellent la publicité de Patrick Bruel pour Winamax : « L’important, ce ne sont pas les cartes, c’est ce qu’on fait avec ». J’en veux pour preuve l’utilisation débridée et anarchique d’autres outils, si courants (incontournables ??) aujourd’hui, comme la messagerie électronique ou le téléphone portable. Oh, chers outils, que d’aberrations commet-on en votre nom !
    Revenons donc aux fondamentaux :
    1) l’outil principal de toute action, qu’elle soit d’organisation, de communication, de production, de stratégie, c’est LE CERVEAU !
    2) les dictons et proverbes sont pleins de bon sens et les entreprises feraient bien de s’en inspirer. J’en citerai un seul : « il faut tourner sa langue 7 fois dans la bouche avant de parler » qui pourrait, en l’occurrence, devenir « il faut tourner 7 fois sa souris sur le tapis avant de cliquer » (pour illustrer mon propos, je viens de passer 20 mn à concevoir, vérifier et décider d’envoyer ce court message… Et j’en assume entièrement le contenu et les effets possibles).
    Marie José LECLERCQ »

    « Une présentation Power Point, comme pour le cinéma, exige d’écrire d’abord un bon scénario.
    Jean Pierre MAFFRE

    « … oui, il est si facile d’incriminer les outils! Ayant participé aux déploiements d’un certains nombres de logiciels, je ne peux qu’être persuadée de cela. Une présentation à un public est comme un projet : si nous n’avons pas au moins défini précisément l’objectif que nous voulons atteindre, nous aurons beau avoir les meilleurs outils, nous ne serons probablement pas pleinement contents du résultat. L’objectif ne peut pas juste être « réussir sa présentation ». Si l’objectif n’est pas atteint, il sera plus facile d’incriminer l’outil que de se remettre en cause…
    Aurore JUNG »

    « … Mon commentaire se résumera à un lien vers un guide rapide. Après avoir listé les erreurs classiques, l’auteur donne quelques pistes sur la manière de faire (ou de ne plus faire). Très instructif !
    http://simpleslide.us1.list-manage.com/track/click?u=449c404b0f8e1fea25b10834d&id=864e05ae6e&e=d642cd5c38
    Romain MOREAU »