A force d’entendre parler de coworking, certains se posent des questions : mais c’est quoi le coworking ? c’est pour qui ? pourquoi y’en a pas près de chez moi ? qui s’en occupe ? qui paye ?
Alors, c’est quoi le coworking ? La définition Wikipedia parle d’un “type d’organisation du travail qui regroupe deux notions : un espace de travail partagé, mais aussi un réseau de travailleurs encourageant l’échange et l’ouverture.” Le site “Mutinerie, libres ensemble” complète les explications et les enjeux de ce que ses promoteurs appellent une “révolution du travail”. Avec la multiplication des lieux possibles, le “coworking” devient à la fois un espace de réseaux et un réseau d’espaces, pour répondre à une double attente de lieux et de pratiques collaboratives. Les acteurs du web, des technos et de la communication, souvent entrepreneurs individuels ou indépendants, sont très représentés dans les espaces les plus connus, comme La Cantine à Paris. Pour autant, on note de plus en plus d’autres métiers présents : consultants RH, formateurs, traducteurs, salariés d’entreprises plus classiques, associations, etc.
C’est pour qui et pour quoi faire ? Les indépendants et autres autonomes, particulièrement de la génération Y, cherchent à briser la solitude ressentie à domicile, derrière leurs écrans d’ordinateur, mobile, voire tablette, en allant dans des “tiers lieux” qui peuvent être des espaces de coworking. Le cotravail, si l’on veut parler français, est un besoin de re-socialisation fort chez les entrepreneurs individuels. On y trouve des occasions de produire de la créativité, des nouveaux projets, du partage social. Lorsqu’on y est acteur, on développe assez naturellement des pratiques collaboratives et coopératives — qui en sont à la fois l’origine et la conséquence — et qui permettent ou devraient permettre de développer d’autres choses, telles que : la veille, la mise à jour de connaissances, la remise en cause, l’adaptation, les échanges inter-générationnels.
Comment ça se créée et ça fonctionne ? Initiative privée, associative, territoriale ? Qui finance ? Qui gère ? A Paris, il y a 3 modèles connus : La Cantine, La Ruche et Soleilles Cowork. Le premier s’est étendu à Rennes, Nantes, Toulouse et Toulon. L’association Silicon Sentier gère l’espace parisien, l’association La Mêlée l’espace toulousain, tous très tournés TIC, ainsi qu’à Toulon et Nantes, où l’association regroupe des entreprises. Le second format est celui de La Ruche, avec une vocation “d’innovation sociale et environnementale”. La Ruche n’a pas fait de petits ailleurs, pour l’instant. Idem pour la troisième approche, celle de Soleilles Cowork, “espace de coworking non sectoriel pour une nouvelle catégorie de professionnels nomades, « sans bureau fixe », notamment des femmes”, puisque créée par trois femmes pour donner de l’ampleur à leurs projets professionnels. Ailleurs, un certain nombre d’espaces ont vu le jour : voir le site coworking initiatives (menu “ils ont ouvert”). Strasbourg est géré par l’association Alsace Digitale. La Bo[a]te, à Marseille se veut plus large que l’inspiration de La Cantine, avec aussi des artisans/artistes, associations, journalistes, formateurs, etc. Coworking Lille accueille également un très large public. D’autres sont davantage centrés sur la communication, les journalistes, graphistes, comme L’atelier des médias à Lyon. D’autres villes sont en projet, telles Grenoble, La Rochelle ou Bordeaux, qui avait tenu son CoworkingCamp en novembre dernier à Bègles, mais dont les suites sont restées lettre morte.
Pas si simple de trouver un lieu, financer, lancer et gérer un espace de cotravail. A Bordeaux, par exemple, la Mairie vient de présenter un lieu et lance un appel d’offres pour recruter l’opérateur du lieu pour ouverture en 2012 : il s’appellera le Node. En attendant, certains se disent que l’appellation coworking sonne bien et peut constituer une occasion de faire du marketing pour rentabiliser un lieu destiné à un autre usage.

C’est le cas de l’agence Kaisen Marketing qui a “acheté des locaux trop grands et a eu l’idée d’en louer une partie” (site Location Bureau Bordeaux). Le centre d’affaires BuroClub de Bordeaux Grand-Théâtre vient de réaménager ses espaces (salles, bureaux) pour préparer un open space capable de recevoir des nomades (photo ci-contre). Cela en fera-t-il un espace de coworking ? L’avenir le dira…

A La Rochelle, deux jeunes entrepreneurs ont trouvé un local au port des Minimes pour leur projet de coworking, avec un véritable esprit de coworking (photos sur la page Facebook). En même temps, saisissant l’occasion, le centre de domiciliation et de location de bureau S-Pace en profite pour présenter son “concept de bureaux partagés, qui peuvent être séparés de demi-cloisons” (photo ci-contre) : mis à part le titre “coworking”, on ne reconnait pas grand-chose de l’approche de travail collaboratif, dans un lieu géré de façon plutôt communautaire…
Les consultants autonomes vivent l’interdépendance au quotidien. De vrais espaces et de vrais pratiques collaboratives peuvent leur permettre de développer les rencontres fortuites — ce qu’on appelle maintenant la sérendipité (trouver ce qu’on ne cherche pas) –, propices à la créativité et au développement du travail en réseau.
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