Le mécénat dans un environnement changeant (témoignage d’une consultante)

Cet article est écrit par Elodie Draperi, consultante indépendante en responsabilité sociétale des organisations. S’appuyant sur la norme ISO 26000, elle intervient sur les volets « gouvernance », « environnement », « social » et « sociétal » de organisations, avec une approche transverse. Observatrice et experte du mécénat, elle a suivi les assisses il y a quelques jours à Paris, et nous livre les tendances et bonnes pratiques.

Capture d’écran 2013-05-05 à 19.55.29Organisées par l’ADMICAL, ces assises ont été l’occasion de faire le point après la Loi relative au mécénat qui aura bientôt 10 ans. J’ai noté l’engagement croissant des entreprises et des collectivités, la multitude des démarches philanthropiques, l’implication accrue des salariés à travers des programmes de volontariat au sein de l’entreprise. Mais aussi, l’utilisation des réseaux sociaux pour communiquer et interagir avec ses parties prenantes, la co-construction de projet entre les acteurs ou encore la diversité des projets portés dans les domaines culturel, environnemental ou encore scientifique.

Le mécénat ou le fundraising en général a un temps d’avance dans les pays anglo-saxons mais 10 ans après la loi, le secteur du mécénat en France a gagné en visibilité. Il s’est structuré et de nouveaux acteurs sont apparus comme le fonds de dotation ou la fondation d’entreprise(s). Le nombre de fondations familiales n’a pas énormément progressé mais son indépendance permet une prise de risque sur des terrains délicats. Depuis quelques années, le mécénat s’est même répandu auprès du grand public grâce à des plateformes de crowdfunding et des applications mobiles qui leur permettent de financer facilement les causes de leur choix (par exemple, de donner à partir de 1€).

La nécessité de créer des partenariats cohérents au service de l’intérêt général prend tout son sens en temps de crise. Les approches se co-construisent entre partenaires mais aussi entre « concurrents » qui échangent leurs pratiques. En effet, les porteurs de projets constatent que les structures financières sont plus engagées et acceptent de faire différemment, ce qui se traduit par des impacts plus significatifs pour tous les acteurs sur un plus long terme.

Dans ce contexte économique morose, les réseaux sociaux paraissent particulièrement adaptés car ce sont des moyens de communication gratuits, faciles à maîtriser sans budget et permettent d’échanger de façon interactive, humaine et transparente.
Les chiffres montrent que les entreprises mécènes s’approprient ces nouveaux outils puisque plus de 20% d’entre elles ont un compte twitter et sont présentes sur facebook via leur propre page dédié aux activités de mécénat.

Durant les assises, le pourquoi a été abordé. Pourquoi mécéner ? L’éthique, la recherche de sens, le partage des valeurs républicaines, le décloisonnement des secteurs pour répondre ensemble aux enjeux sociétaux… Comment mécéner ? En co-construisant, en faisant du cas par cas, en répondant au mieux aux besoins, en communiquant avec transparence,…

Les questions de l’assemblée ont également beaucoup tourné autour des impacts d’une telle démarche partenariale. Les trois niveaux d’impacts (l’entreprise, les salariés et les partenaires / bénéficiaires) sont –ils forcément atteints ? Pourquoi et comment les évaluer ? Pour améliorer, il faut évaluer et à partir de bilans d’action, de questionnaires de satisfaction ou d’entretiens collectifs et individuels, les acteurs découvrent les conséquences positifs, neutres voire négatives de leurs actions et « re »calibrent leur politique.

Pour les entreprises, les enjeux sont de valoriser en interne les compétences acquises par les collaborateurs grâce à leur engagement, de traduire les expériences de partenariats en valeur ajoutée, de faire évoluer leur business model et/ou cœur d’activité.

Grâce aux programmes de volontariat, les collaborateurs s’intègrent plus facilement dans la culture de l’entreprise et en réalisant une expérience associative choisie, ils gagnent en compétences et en fierté personnelle. Plus qu’un lieu de travail, l’entreprise devient aujourd’hui un lieu d’engagement où les salariés volontaires contribuent à la professionnalisation des organismes sans but lucratif et à la valorisation de leurs projets.

Mécéner dans le but d’innover ! C’est également une voie prise par certains. L’innovation sociale, concept encore flou, se construit grâce à différents partenaires sur des sujets souvent complexes et dont les représentations collectives sont profondément ancrées. La recherche de l’innovation sociale implique beaucoup d’énergie, de temps et un coût plus important mais elle a plus d’impacts, notamment durables et législatifs.

Les initiatives d’innovation sociale permettent un changement de regard des individus sur eux-mêmes et sur leur environnement. Elles partent souvent d’idées folles voire impossibles. Les mécanismes d’identification de ces idées ne viennent pas de nulle part mais se puisent sur le terrain, grâce aux rencontres, aux nouvelles opportunités de partenariat… et en acceptant la prise de risque et l’échec.

En conclusion des Assises, les conférenciers ont appelé à une stabilisation de l’environnement juridique et fiscal du mécénat et au développement d’une mise en réseau favorisant le rapprochement des partenaires pour porter à la fois des projets philanthropiques de tous les jours et des projets exceptionnels.

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