Les croyances changent (et se recyclent) avec les générations

Très intéressant article que celui écrit par Francis Boyer, sur le blog Génération Y 2.0, animé par Benjamin Chaminade : Mots d’ordre de la culture Y. Au delà de l’angle « psycho-sociologisant », l’article montre que les réactions de la génération Y par rapport aux papy-boomers et à la génération X engendrent de nouvelles réactions avec d’autres contre-réactions.

L’auteur reprend les fameux « mots d’ordre » de l’Analyse Transactionnelle : sois fort, sois parfait, fais plaisir, dépêche-toi, fais des efforts. Il nous indique que les trois premiers facteurs de motivation personnelle — se montrer fort, cultiver la perfection, faire plaisir — sont ceux qui ont le plus été développés par les papy-boomers, dont pas mal regrettent maintenant de les avoir pris au premier degré, étant donné les résultats parfois décevant de leur fort investissement dans l’entreprise. Les deux derniers — se dépêcher, faire des efforts — sont ceux mis en avant par la génération X.

Il nous explique ensuite que la génération Y, ayant voulu éviter ces pièges psychologiques, a construit de nouvelles croyances : sois autonome, sois compétent, pense à toi, mais aussi pense aux autres. Et ces croyances ont aussi leur revers de la médaille ! On le voit dans certains comportements en société, l’autonomie de certains devient marginalisation. Pour d’autres, notamment en réseau (soirées dans la vie réelle ou plateformes de réseau dit « social »), l’égoïsme devient la norme, l’auto-promotion tient lieu de compétence et le mode coopératif devient de l’évitement de conflits, un frein à l’action ou à la décision.

Au fond, comme disait Lavoisier : “Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme” !!

Lire aussi “Inter-générationnel : avant tout, la question à traiter est hors de l’entreprise”, où je déplorais certains comportements rencontrés dans les réseaux dits « sociaux » qui se sont imposés progressivement à toutes les générations, [conduisant] à l’une de ces deux stratégies : “inonder, gaver et s’incruster” OU “prélever, pomper, et s’échapper” !! En réalité, ces comportements se retrouvent maintenant un peu chez toutes les générations, pour peu qu’elles soient connectées, donc pas forcément la génération Y.

Comment adresser la problématique avec le savoir-être du facilitateur ?

Jargonnons, jargonnons, il en restera toujours quelque chose ! Le linguiste qui sommeille en moi se révolte régulièrement contre le sabir envahissant partout dans les media, les colloques,… Une véritable « problématique », comme dirait l’autre !! Comment l’adresser ? C’est toute la question ! Peut-on la solutionner ? Je me marre …

C’est Jean-Loup Chiflet qui passe en revue un choix d’expressions et de mots parfaitement horripilants que nous employons tous un jour ou l’autre. Cet auteur vient de sortir un livre au titre provocateur « 99 mots et expressions à foutre à la poubelle« . Sur chaque nouvelle page, il nous cite des néologismes idiots, des anglicismes comme « senior », « booster », des expressions redondantes du style « moi personnellement », « au jour d’aujourd’hui », sans oublier l’inoubliable « T’es où? » depuis nos téléphones mobiles.

Et il commente l’utilisation de ces mots ou expressions : dans quelles circonstances, pourquoi, dans quel vide linguistique ou existentiel se trouvent les locuteurs ! Une page qui me plait bien : celle qui parle de « problématique ». Extrait : La différence entre problème et problématique ? Elles est de taille, si on en croit notre bon vieux Robert : la problématique « prête à discussion », le problème est « une question à résoudre qui prête à discussion ». Nuance ! vaste débat ! … La problématique c’est surtout la conséquence de ce goût affiné pour les mots de quatre syllabes (ou plus), tellement chics qu’ils vous confèrent un savoir que vous ignorez posséder. Comme l’opportunité parée de vertus dont l’occasion est dépourvue, la problématique éblouit et relègue le problème & aux oubliettes.

Dommage qu’il n’y ait pas aussi « savoir-être » ou « facilitateur » (facili-tâteur !? -tâteuse !?), mais on pourra relire mes coups de gueule à ce sujet !

La langue française est encore en usage, même sur le web !

Qu’est devenue la loi Toubon ? L’article 1 de la Loi de 1994 disait : « Langue de la République en vertu de la Constitution, la langue française est un élément fondamental de la personnalité et du patrimoine de la France. Elle est la langue de l’enseignement, du travail, des échanges et des services publics. Elle est le lien privilégié des États constituant la communauté de la francophonie« 

 

On peut légitimement se poser la question, quand on écoute et lit de nombreux journalistes ! Exemples entendus ce week-end sur 3 radios :

 
– sur Europe 1 : « les pilules bleues jouent le rôle de facilitateur de l’érection (sic !)« . Pas étonnant, puisque ce mot qui sent l’anglais à plein nez vient visiblement du verbe « to facilitate », qui n’a jamais été traduit par « facili… tater » à mon sens ! Ou, en l’occurrence « facili… tâter » !?
 
– sur BFM : le « cradle to cradle (C2C)« , le « fixing » à la Bourse, la « problématique » du développement durable. Au lieu de jargonner à tout va — ce qui devient vraiment problématique — la radio BFM ferait mieux de clarifier, simplifier, rendre compréhensible les questions qu’elle traite. Pour cela, il faudrait se régénérer (ce que signifie « cradle to cradle* » = du berceau au berceau, ou comment développer des produits éco-responsables, renouvelables) avant que la fixation du prix des publicités soit en baisse, suite à une évasion des auditeurs !
 
– sur RTL, au Grand Jury : Christine Lagarde « on est sur un trend haussier« . Elle n’est pas journaliste, mais ministre, tendance bureaucratique étatique nettement en hausse.
 
Au milieu de ces accros à notre langue, on est surpris de constater que des bloggueurs savent encore écrire. Devrais-je m’en étonner d’ailleurs ? Car, le blog est le lieu de l’écrit avant tout, et il vaut mieux écrire correctement pour se faire comprendre.

La nul(l)’s pub pour le Boy’s Book : mais, qui parle encore français ?

On entendait ces jours-ci une pub radio pour le « Boy’s Book » édité par Larousse, pour les cadeaux de fin d’année. Il y a aussi le « Girl’s Book » ! Au ton employé par la voix, je me demandais si ce message publicitaire n’était pas un gag !? Ou un « teaser » (aguicheur en bon français) !? Eh bien, non, c’est dans la vie réelle, comme on dit. Ce n’est qu’un des nombreux exemples du glissement vers une langue floue, informe, métissée.

Chez les consultants, ou chez les clients, on entend aussi beaucoup de mots ou d’expressions qui sonnent comme une inflation ou une invention de spécialistes qui jargonnent. Je me suis amusé à vérifier quelques mots qui veulent snober, alors qu’il sonnent parfois assez creux.

La « problématique » est employée à tort et à travers pour désigner tout simplement les « problèmes » auxquels on est confrontés ou les « questions » qui se posent ou sont à traiter. En tous cas, l’immense majorité des locuteurs ne l’emploie pas dans le sens de l’ensemble des questions posées par un sujet précis, avec pour synonyme « questionnement ».

« Implémenter« , qui est l’action de programmer une fonction particulière, est un verbe purement informatique. Or, il est très souvent utilisé à la place de « mettre en place » ou « mettre en œuvre« . « Facilitateur » est dans la bouche de tant de personnes qu’on oublie qu’il est parfaitement abusif, car — comme le dit Wikipedia — il est directement traduit de l’anglais ‘facilitator ». En bon français, on facilite le travail, la réflexion, l’échange, la créativité, etc. La personne qui anime, régule, facilite ce processus est donc simplement un « faciliteur ». Le verbe est « faciliter » et non « FACILITATER » (!!), comme l’anglais « to facilitate ».

On pourrait multiplier les exemples à l’infini… mais je m’arrête là ! Peut-on faire un effort pour parler français ?

Concluons par une note d’humour involontaire de nos amis informaticiens : en cherchant le mot « upgrader« , sabir de la communauté pour simplement dire « mettre à jour« , je tombe sur ce site du Jargon Français, qui liste quelques mots en TIQUE et NIQUE, dont l’auteur s’appelle Roland Trique !! Pas étonnant que les TIC nous niquent !!??